La République socialiste de Chernarus
1970
La République socialiste de Chernarus appartient pleinement au bloc soviétique. Dirigée par le Parti communiste chernar, elle entretient des liens étroits avec Moscou.
Chernarus est une terre d'ouvriers. Ses mines alimentent ses aciéries. Ses complexes industriels produisent métaux, produits chimiques et équipements lourds. Son industrie pharmaceutique et médicale connaît également un développement considérable.
Dans Chernogorsk et Elektrozavodsk, les cheminées des usines dominent l'horizon. Dans les campagnes, les exploitations collectives rythment la vie des villages. La radio célèbre les réussites du Parti et les affiches promettent un avenir meilleur.
Officiellement, le chômage n'existe pas. La misère appartient au passé et chaque citoyen participe à l'avenir de la République.
Chernarus devait être l'une des réussites du modèle soviétique.
Du moins, c'est ainsi qu'on la présentait.
Le complexe de Tisy
Décembre 1971
Dans les forêts reculées du nord-ouest, les autorités commencent la construction d'un important complexe militaire à proximité de Tisy. Plusieurs secteurs deviennent interdits aux civils.
DOCUMENT OFFICIEL
OBJET : Complexe médical militaire M.B. Tisy
MISSION : Recherche médicale à usage militaire
DOMAINES : chirurgie avancée • traumatologie • maladies rares • génétique
NIVEAU D'ACCÈS : CONFIDENTIEL DÉFENSE
Dans un monde où chacun redoute qu'un jour la Guerre froide devienne brûlante, personne ne trouve réellement étrange que l'armée cherche à améliorer ses capacités médicales. Pendant plusieurs années, rien ne semble sortir de l'ordinaire.
« On ne posait pas de questions »
Sergent Viktor Morozov
6e division de police militaire chernare • anciennement basée à l'aérodrome de Balota.
TROIS CASSETTES MAGNÉTIQUES RETROUVÉES SUR LE CORPS D'UN SOUS-OFFICIER
LIEU : ANCIEN POSTE DE POLICE, ABORDS DE KOMAROVO
DATE PRÉSUMÉE DE L'ENREGISTREMENT : HIVER 1983-1984
ÉTAT DES BANDES : ENDOMMAGÉ
[ grésillements ]
Ça tourne ? Ça tourne. Bon.
Si quelqu'un écoute ça... c'est que je suis mort. Ou pire. La morsure au bras ne guérit pas. La fièvre monte depuis hier. Je sais ce que ça veut dire, j'en ai vu assez.
Alors je vais parler. Tant que j'ai encore ma tête. Il faut que quelqu'un sache.
La vie à Chernarus ? C'était ce qu'on appelait l'idéal communiste. Tout le monde travaillait. Chacun avait son logement, son travail, sa place. Enfin... c'est ce qu'on disait.
À l'époque, c'était Brejnev à Moscou. On entendait parler de jeunes qui réclamaient plus d'autonomie pour Chernarus. Des séparatistes. Mais tu sais comment Moscou traitait ce genre de choses.
1974 : Les trains
C'est l'été 1974 que tout a commencé à changer. Des soldats russes sont arrivés. Pas quelques hommes. Des trains entiers.
Soldats. Camions. Matériel. Des caisses dont personne ne connaissait le contenu.
On nous parlait d'exercices pour la défense de la République. C'était la Guerre froide. Personne n'a discuté.
1977 : Les vaccins
Le ministère de la Santé lance une campagne de vaccination obligatoire « contre la grippe » dans les villages du nord, autour de Tisy. Des équipes médicales passent de ferme en ferme. Chaque habitant reçoit un carnet tamponné.
MINISTÈRE DE LA SANTÉ DE LA RSS DE CHERNARUS
CAMPAGNE DE PRÉVENTION 1977
LA VACCINATION EST UN DEVOIR CIVIQUE.
PROTÉGEZ VOTRE FAMILLE. PROTÉGEZ LA RÉPUBLIQUE.
1978 : Novaya Petrovka
En 1978, j'ai reçu ma mutation. Novaya Petrovka. « Renforcement temporaire de la sécurité publique. » Une drôle de mission pour la police militaire.
Les histoires circulaient déjà. Un fermier devenu fou avait arraché la gorge d'un policier avec ses dents. Un autre type avait encaissé une trentaine de balles dans le torse avant de tomber. Et ce n'étaient pas les seuls. Cette année-là, on a eu une dizaine d'affaires de ce genre dans le secteur. Toujours des villageois sans histoires. Toujours la même rage.
On en riait. On aurait peut-être dû rire un peu moins.
[ silence ]
Il y a un détail. Je ne l'ai compris que bien plus tard. Le fermier... on a fouillé sa maison. Dans le tiroir de la cuisine, il y avait son carnet de vaccination. Tamponné en 1977. Les autres aussi, je crois. Tous. Sur le moment, je n'y ai pas fait attention. Tout le monde en avait un.
1980 : Les prisonniers
Au printemps 1980, les trains ont transporté autre chose. Des prisonniers.
Ils venaient de Russie, parfois d'autres républiques. On devait les conduire à Tisy. Aucun nom. Aucun dossier. Des numéros et des ordres de transfert, c'est tout.
Le Parti n'aimait pas les curieux. Et je n'avais aucune envie de prendre la place des types que j'escortais.
12 août 1981 : Kamensk
[ toux ]
Kamensk. Deux heures du matin. Il pleuvait. Je me souviens surtout de la pluie.
Quand on est arrivés... il y avait des corps partout. Hommes. Femmes. Soldats. Même des enfants.
Ils n'avaient pas été abattus. Ils avaient été déchiquetés.
Au lever du jour, des hommes de Tisy sont arrivés. Combinaisons intégrales. Masques. Matériel de décontamination. Ils ont emporté les corps. Nettoyé les maisons, les routes, le sang. Tout.
Quelques heures plus tard, on aurait pu croire que rien ne s'était jamais passé. Aujourd'hui encore, Kamensk n'apparaît sur aucun rapport.
1981-1982 : Les mensonges
Les incidents se multiplient. Les autorités parlent successivement d'alcool, d'accidents et de criminels. Les renforts de police militaire arrivent de tout le pays.
Notre travail a changé. On ne protégeait plus la population. On protégeait le secret.
Journalistes. Médecins. Cheminots. Habitants. Parfois même des soldats. On les arrêtait et on les conduisait à Tisy. Je l'ai fait. Que Dieu me pardonne, je l'ai fait.
Hiver 1982 : Restez calmes
Des couvre-feux sont instaurés. Certaines routes sont fermées. La propagande devient omniprésente.
RESTEZ CALMES.
FAITES CONFIANCE AUX AUTORITÉS.
CONTINUEZ À TRAVAILLER.
LES RUMEURS SONT L'ENNEMI DU PEUPLE.
17 janvier 1983
CASSETTE N° 2
[ respiration difficile ]
Le 17 janvier. Je me souviens de l'heure. Je me souviens du froid. Et je me souviens du bruit.
Une explosion. Du côté de Tisy.
Presque toute la division est partie vers le complexe. « Mission de secours, sécurisation et sauvetage. »
Aucun n'est revenu.
Dans les heures qui suivent, les forces restantes sont déployées dans les villes et villages du nord. Les pillages commencent. Les pharmacies sont prises d'assaut. Des habitants s'attaquent entre eux.
J'ai vu un officier vider presque tout son chargeur sur trois civils qui lui couraient dessus. Un des trois s'est relevé.
Et puis... les gens ont commencé à se dévorer.
La quarantaine
En quelques jours, Moscou prend sa décision. La maladie ne doit pas sortir de Chernarus. L'armée soviétique boucle la République : routes coupées, voies ferrées minées, ports fermés, côte surveillée. Les unités chernares qui tentent de franchir la frontière sont repoussées comme les civils.
MESSAGE AUTOMATIQUE : RADIO D'ÉTAT
LA RÉPUBLIQUE DE CHERNARUS EST PLACÉE SOUS QUARANTAINE.
LES FRONTIÈRES SONT FERMÉES.
TOUTE TENTATIVE DE QUITTER LE TERRITOIRE EST INTERDITE.
LES UNITÉS MILITAIRES ENCORE OPÉRATIONNELLES DOIVENT REJOINDRE LES POSTES FRONTALIERS.
Cette annonce passe encore sur certaines fréquences. Toujours les mêmes mots. Toujours la même voix.
C'est un enregistrement.
« Nous étions soldats »
CASSETTE N° 3 • FORTES DÉGRADATIONS
[ longue pause ]
De ma section... il ne reste que moi. Moi, mon fusil, et une radio qui n'émet plus rien.
Je ne sais pas ce qu'ils faisaient à Tisy. Je ne sais pas ce qu'ils ont fait à ces prisonniers. Ni si l'explosion a tout déclenché, ou si elle a seulement libéré quelque chose qui était déjà là.
Tu veux quitter Chernarus ? Oublie. Les Russes tiennent la frontière. Ils ne demandent pas qui tu es. Ils tirent.
[ grésillements ]
Non. Si je dois mourir, autant dire la vérité. Toute la vérité.
Je ne suis pas qu'un survivant. Après le 17 janvier, ceux qui restaient de la division se sont regroupés. Des soldats, des policiers, des hommes du Parti. Ils disent que la République n'est pas morte. Qu'un jour l'ordre reviendra. Et qu'en attendant, le secret de Tisy doit rester un secret.
J'étais avec eux. J'ai porté le brassard aux couleurs de Chernarus. J'ai salué la bannière chaque matin.
Les chefs disent qu'ils parlent avec Moscou. La nuit, ils s'enferment avec la radio. Moi, je n'ai jamais rien entendu. Mais j'ai vu ce qu'ils gardent. Des caisses de papiers au tampon de Tisy. Certains qu'ils lisent. D'autres qu'ils brûlent.
Et j'ai fait ce qu'on me demandait. Ceux qui posaient trop de questions, ceux qui fouillaient trop près du nord... on les faisait taire. Comme avant. Exactement comme avant.
Ils ont des yeux partout. Des civils avec un brassard, qui leur racontent qui passe, qui parle, qui cherche. Méfie-toi de tout le monde.
Un jour, j'ai demandé qu'on m'aide à chercher ma femme et ma fille. On m'a répondu que la mission passait avant tout. Alors je suis parti. Ils ne pardonnent pas aux déserteurs.
[ toux ]
Galina... Katia... Si quelqu'un les trouve. Galina Morozova, et ma fille, Katia. Elle a neuf ans. Elle aura dix ans en mars. On habitait à Chernogorsk, près de l'usine. Je descendais vers le sud pour les rejoindre. Je voulais seulement les revoir. Juste une fois.
Dites-leur que j'ai essayé. Que je suis venu. Que je n'ai pas pu aller plus loin que Komarovo.
[ silence ]
Je suis le sergent Viktor Morozov. 6e division de police militaire de la République socialiste de Chernarus.
Enfin... j'étais.
[ respiration saccadée ]
Je sens que ça vient. Mes mains ne tiennent plus. J'ai froid et j'ai chaud en même temps.
Je ne veux pas finir comme ça. Je ne veux pas me relever. Je ne veux pas marcher vers le sud avec les autres... vers elles.
Il n'y a qu'un seul remède. On le connaît tous.
[ silence ]
Katia, papa t'aime.
[ BRUIT DE CULASSE ]
[ COUP DE FEU ]
[ LA BANDE CONTINUE DE TOURNER DANS LE SILENCE ]
[ FIN DE L'ENREGISTREMENT ]
Chernarus, 1984
Plus d'un an s'est écoulé depuis le 17 janvier 1983.
Chernarus n'est pas morte. Mais le pays qui existait autrefois, lui, a disparu.
Les grandes villes sont silencieuses. Des véhicules abandonnés rouillent sur les routes. Les anciennes affiches du Parti se déchirent sur les murs. Les infectés sont toujours là.
Un pays enferméAu-delà des frontières, rien n'a changé. L'Union soviétique et le reste du monde ont été épargnés. Les radios étrangères captées la nuit parlent de sport, de politique, de la vie ordinaire. Chernarus, elle, a été rayée des cartes et laissée seule avec son mal.
Ceux qui restentOuvriers, médecins, soldats, paysans, mécaniciens et marginaux tentent de reconstruire quelque chose au milieu des ruines.
Aucune vérité communeOn accuse Tisy, Moscou, les Américains, l'eau, l'air ou les médicaments. Personne ne possède toutes les réponses.
Ce qui tombe du ciel
Les largages
Moscou n'a pas complètement abandonné Chernarus. Plus ou moins régulièrement, des avions de transport soviétiques survolent la République et larguent des caisses : vivres, médicaments, parfois du matériel.
Le bruit des moteurs s'entend à des kilomètres. Chaque parachute attire tous les survivants du secteur. Et ceux qui arrivent les premiers ne sont pas toujours prêts à partager.
Un largage nourrit une famille.
Il en a enterré beaucoup d'autres.
Les bombardements chimiques
Pour endiguer l'épidémie, l'armée soviétique bombarde régulièrement certaines villes et anciennes bases militaires à l'arme chimique. Les frappes visent les foyers d'infection supposés. Sans prévenir personne.
Le gaz est un poison mortel. Il ne fait aucune différence entre un infecté et un survivant. Et il ne marche pas : les infectés reviennent toujours. Seuls les vivants ne reviennent pas.
ZONE CONTAMINÉE
NE PAS ENTRER SANS PROTECTION.
MASQUE À GAZ ET TENUE NBC OBLIGATOIRES.
L'EXPOSITION EST MORTELLE.
Le mystère de Tisy
Pourquoi un centre de recherche médicale militaire a-t-il été construit en 1971 ? Pourquoi a-t-on vacciné tous les villages du nord en 1977 ? Pourquoi des prisonniers venus de toute l'Union soviétique y étaient-ils transférés ? Que s'est-il passé à Kamensk en août 1981 ? Pourquoi les autorités ont-elles arrêté ceux qui enquêtaient ?
Qu'est-ce qui a explosé à Tisy
le 17 janvier 1983 ?
Des documents existent peut-être encore. Des laboratoires ont peut-être survécu. Certains scientifiques sont peut-être toujours en vie.
La vérité attend peut-être encore d'être découverte.
Ceux qui gardent le secret
Certains survivants jurent les avoir vus. D'autres disent que ce ne sont que des histoires.
Des hommes en armes, disciplinés, qui portent un brassard aux couleurs de Chernarus. Ils marchent en colonne, saluent une bannière que tout le monde croyait morte et parlent de la République comme si elle existait encore. Ils n'aiment pas les questions. Ils aiment encore moins ceux qui s'approchent du nord.
On raconte qu'ils étaient soldats, policiers, miliciens. Qu'ils obéissent toujours à des ordres que plus personne ne donne. Ou que quelqu'un, quelque part, leur donne encore.
On raconte aussi qu'ils ne sont pas seuls. Qu'un commerçant, un voisin, un compagnon de route peut porter leur brassard rouge sous sa manche, et leur rapporter tout ce qu'il voit et entend.
Personne ne sait vraiment qui ils sont. Personne ne sait où ils se trouvent. Personne ne connaît le nom de leur chef.
Si vous cherchez la vérité sur Tisy,
quelqu'un vous cherche déjà.
Bienvenue à Chernarus
Année : 1984
Vous n'êtes pas un héros. Vous n'êtes pas destiné à sauver Chernarus.
Vous êtes un ouvrier, un médecin, un ancien soldat, un paysan, un criminel, un fonctionnaire, un étranger, un père, une sœur, un fils...
Vous êtes simplement quelqu'un qui a survécu.
Formez une communauté. Partez sur les routes. Cherchez la vérité. Ignorez-la. Commercez. Reconstruisez. Priez. Combattez. Survivez.
L'ancien monde est terminé.
Le vôtre commence maintenant.